le vernissage du Glossaire

Compte-rendu

brèves

Olivier BISANTI

  • version originale :
    Français

  • première publication :
    6 avril 2004

    (version initiale)

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    Le 2 juillet 2004, Jacques Corbion et ses nombreux amis fêtaient à Hayange, berceau de la sidérurgie lorraine qui fête cette année son tricentenaire, le "Vernissage" du Glossaire auquel nous avons récemment consacré une Brève.

     

    une assistance à la hauteur de l évènement- Cliquer sur l'image pour agrandir

    "Vernissage" : le mot désigne habituellement l'inauguration d'une exposition de peinture (jadis les tableaux étaient souvent modifiés jusqu'à l'inauguration, immédiatement précédée de l'apposition de la couche de vernis protecteur qui gelait l'oeuvre dans son état définitif). Vu la vaste fresque que dessine cette oeuvre lexicale démesurée, le mot n'est certes pas usurpé, et les participants de cette fête à la fois savante et détendue pouvaient s'estimer vernis, eux aussi... La crème du milieu historien régional de la sidérurgie était évidemment de la partie, offrant l'occasion de nombreuses rencontres, tels Gérard Dalstein et Jean Lamesch dont nous présentons les ouvrages (Histoire Mondiale de la Galvanisation et Les Chantiers du Fer). La présence de personnalités de L'IRSID et du complexe sidérurgique d'Hayange-Serémange-Florange, venues en voisins, accentuait l'impression d'une réunion de famille où beaucoup se connaissent et où les "pièces rapportées" comme nous reçoivent un chaleureux accueil.

    Jacques Corbion : la technique, c est beau.... quand ça marche.- Cliquer sur l'image pour agrandir

    Signalons encore que les 500 exemplaires de cette 4e édition sont épuisés ; une nouvelle série de 300 exemplaires est d'ores et déjà sous presse.

    On trouvera ci-dessous le discours le plus saillant de cette aimable manifestation, prononcé, avec l'ironie pince sans-rire qui le caractérise, par Maurice Burteaux.

     
    Discours de M. Maurice Burteaux
     

    Maurice Burteaux en plein effort...- Cliquer sur l'image pour agrandir

    "Monsieur le Maire, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, Chers amis, Je remercie Jacques CORBION de m'avoir une nouvelle fois permis de traiter un sujet imposé, je veux dire la présentation de la 4ième édition du Glossaire. Après une préface farcie de citations, j'ai choisi de présenter cette édition à travers une entrée particulière. Cette entrée concerne le Haut Fourneau, cet engin qui nous a tant occupé et préoccupé, Jacques CORBION, Roland SIEST -que je vois ici-, moi-même, et bien d'autres, ainsi que, par téléphone interposé, nos épouses, Claudine, Yolande, Jeannine.

    "Nous sommes en Lorraine, et notre minerai lorrain a la caractéristique de produire beaucoup laitier; je vais donc vous intéresser à un terme fort utilisé jadis et naguère dans les usines lorraines, je veux parler de l'orifice par où une grande partie du laitier sortait du Haut Fourneau : le chio.

    "Que l'on se rassure; je ne vais pas malmener ce petit animal sympathique, qui déchire les rideaux et pisse un peu partout, et j'ouvre le Glossaire, à chio, C, H, I, O .
    Une déclaration liminaire, d'ailleurs valable pour nombre d'entrées, nous y attend : Un sens qui a changé au fil du temps . L'histoire du mot a donc, autant que possible, été prise en compte et nous avons là est un des aspects intéressants du Glossaire, c'est-à-dire l'évolution du sens, voire de l'orthographe, ce qui a été parfois matérialisé par une grille d'évolution, comme pour Hammerschlag.

    "Aussitôt après, on découvre les variantes orthographiques : Chiol, Chiot et Chuot, qui, ici, ne posent guère de problème; ce qui n'a pas été du tout le cas, quand les accents, aigu, grave, circonflexe se sont imposés dans le débat !
    Après chuot, vient une notation : -voir ce mot, dans [1408] (il s'agit d'une référence) page 200. - C'est le premier renvoi. Ah, ces renvois ! exercices intellectuels mais aussi physiques, quand on doit passer d'un volume à l'autre, avec, à chaque fois, la manipulation de plus de 2 kg de papier.
    Arrive ensuite un nouveau paragraphe, Recherches étymologiques : c'est un aspect essentiel pour un jargon technique, car l'origine du mot touche à la naissance et à l'intérêt de la technique dont il est question.

    Un sujet qui retient l attention...- Cliquer sur l'image pour agrandir

    "LANNERS, qui a épluché l'Encyclopédie de D'ALEMBERT écrit : 'Dans nos textes, on considère Chio comme dérivé du verbe chier ---; l'Encyclopédie établit un rapport: ouverture excrétoire, mais ce peut être une étymologie populaire. Il n'est pas impossible que Chio soit un emprunt, déformé mais quelque peu reconnaissable, de l'allemand Stichloch ou Abstichloch utilisé en Métallurgie avec le même sens; .'
    Je ne résiste pas au plaisir de citer ensuite le déploiement de sémantique, dû à MUSSELECK, et où je souhaite que vous ne voyiez pas un étalement de scatologie :
    .Le sous-jacent lointain ou radical de Chio, orthographié phonétiquement, est révélé par le verbe latin CACARE -caco, cacavit, cacatum- qui signifie 'aller à la selle', chier. Par altérations successives dans la langue romane, le mot a abouti à la forme simpliste strictement phonétique de Chio, qui a perduré dans les régions patoisantes de l'Est... Le t final de chiot tire son origine du participe latin cacatus, cacata, cacatum -ce qui a été chié ".
    Passé ce paragraphe où l'étymologie le dispute à la physiologie, nous attaquons le corps du sujet, et là, deux grands chapitres se présentent à nous, et dans chacun d'eux les fameuses acceptions, sujets d'inombrables discussions pour évaluer si la nouvelle trouvaille n'est qu'un ajout à une acception existante, ou si la nouveauté est telle qu'il faille en créer une pour elle.

    "On est d'abord dans la chronologie avec le premier chapître intitulé jusqu'au 20ème s., et on y lit un chapeau : "Jusque dans le courant du 19ème s., ce terme concerne principalement le Foyer d'Affinerie ou de Chaufferie", mais les 3 acceptions ci-après sont souvent mélangées ...; ce qui nous montre la difficulté de séparer des sens parfois très voisins.
    Je passe sur ces acceptions pour arriver au second chapître, qui se situe plutôt dans l'espace avec un attribut du Haut Fourneau. On trouve là :
    1ĝ Au 19ème s., au Haut Fourneau, syn. de Trou de Coulée.
    2ĝ C'est, au 20ème s., exclusivement l'orifice de sortie du Laitier où la Fonte est liquidum non gratum (pour les non-latinistes, je précise que la fonte est là un liquide indésirable)
    3ĝ Désigne aussi l'emboîtement de deux ou trois Pièces Creuses -Refroidisseur et Tuyère à Laitier- qui entourent le dit orifice . Avec le commentaire suivant d'un spécialiste confirmé : Lorsque l'une des Pièces Creuses est Percée, il faut un Arrêt du Haut Fourneau, et on peut dire que c'est vraiment: LA CHIOTTE ! Ce dernier terme n'étant d'ailleurs en aucun cas le féminin de chio.
    Sur ce sentiment bien exprimé, se termine la partie technique, que l'on prolonge par un trait d'humour, ilôt de détente dans un océan de technique, d'histoire et de sémantique :
    Heureux comme une puce qui disposerait d'une entrée de faveur pour une exposition canine. (dû à un certain) O'HENRY. La relation avec le chio n'est pas évidente, ce qui renforce certainement l'effet de surprise.

    "En parcourant le Glossaire, nous constatons que les entrées sont souvent une expression ou une locution : certaines, souvent savoureuses, montrent que le jargon de métier, tout en gardant son rapport étroit avec la technique, est capable d'exprimer beaucoup de choses en peu de mots. Ainsi dans l'expression tirer le pendu, la charge est restée accrochée -ou pendue- dans la cuve du Haut Fourneau; par métonymie, on attribue ce phénomène au Haut Fourneau lui-même, d'où le masculin le pendu, et l'on fait une manoeuvre qui, métaphoriquement, revient à tirer la charge vers le bas -et consiste en réalité à arrêter le soufflage pendant un cours instant.

    "Mais le Glossaire est bien autre chose qu'un dictionnaire spécialisé , on y trouve ainsi :
    des anecdotes, dont celle concernant l'échevin BAUDESSON de St Dizier, sosie de Henri IV, auquel le roi dit par plaisanterie Votre mère ne serait-elle pas allée en Béarn ? Ce à quoi BAUDESSON répondit Non, sire, mais mon père a beaucoup voyagé ! Charmé par cette répartie, Henri IV autorisa la construction de l'usine à fer de Marnaval.
    des expressions riches en fer, innombrables, telle l'étrange avaler des charrettes de fer, c'est-à-dire faire le fanfaron.
    de la poésie, avec en particulier, ces vers de Charles d'OURCHES (1808) : Du maître de forges, on voit la vie active,
    Sans cesse remuant, toujours sur le qui-vive;
    Il fait livrer la mine, il court à son charbon,
    Dit un mot au fondeur, ne trouvant rien de bon.
    des proverbes ou adages, ainsi dit-on en Birmanie : si tu marches sur le fer de la houe, le manche te frappe au visage.
    des patronymes, tel Brulfert.
    des toponymes, comme les nombreux Ferrière.
    des synonymes, dont 153 pour le seul Haut Fourneau, qui peut être un appareil peu obéissant ou un vieillard toujours vert !

    "et puis, de la B.D., du cinéma, des curiosités, de la géographie, de l'histoire, de la peinture, de la philatélie, des tableaux de synthèse, les unités anciennes, etc. etc. etc.
    Tout ce déploiement d'entrées, de citations, de renvois, couvre en plus du Haut Fourneau, tout ce qui l'alimente, la cokerie, l'agglomération, et plus en amont, la mine de fer et surtout la mine de charbon, qui est un gisement incomparable de mots et d'expressions.

    "Enfin, le champ du Glossaire a été étalé dans l'espace, d'est en ouest, depuis le tatara japonais jusqu'à la bloomerie américaine, du nord au sud depuis l'osmund suédois jusqu'au fer africain des Dogons, et dans le temps depuis le barsa, fer assyrien, jusqu'au tout récent nanotube de carbone.

    "La sagesse populaire nous dit qu'à l'oeuvre on connaît l'artisan; certes, mais c'est un peu court quand l'oeuvre est un véritable monument comme le Glossaire. Ce monument s'inscrit bien dans l'espace (4 volumes, 9 kg, des milliers d'entrées et de références) mais aussi et beaucoup dans le temps. Il a fallu ta persévérance, voire ton opiniâtreté, pour jour après jour, année après année, recueillir toutes ces informations que nous pouvons découvrir dans le Gossaire. Il faut te féliciter vigoureusement pour avoir maintenu le cap dans une entreprise difficile où de multiples problèmes, en particulier d'informatique, se sont mêlés à des problèmes de santé, et à tous les aléas qui peuvent se présenter sur une longue période, dans une famille nombreuse comme la tienne.

    "Animé d'une passion intransigeante, tu as donc poussé à l'avancement en dirigeant avec quelque fermeté une équipe d'ailleurs pleine de bonnes volontés. Depuis ton bureau encombré de livres et ton couloir encombré de papiers, tel un aigle de mots, tu jetais un oeil perçant sur la troupe, ici pour redresser une définition mal venue, là pour réfuter une acception qui n'en était pas une, ailleurs pour évacuer une entrée un peu trop liée à l'aciérie moderne, enfin, aussi, pour corriger une faute d'orthographe !

    "Merci à toi et félicitations pour cet immense travail, qui restera dans nos coeurs, à nous qui y avons participé, et qui, je le pense, restera longtemps, immarcescible, dans les rayons des bibliothèques.
    Je vous remercie pour votre attention.

    Maurice Burteaux

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